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15 août 1929 : Le premier journal de l’opposition de gauche en France
- n° 880
- Date : 17 août 1979

Il y a cinquante ans - un demi siècle ! - le lancement de l’hebdomadaire « la Vérité » constitua la naissance du mouvement trotskyste en France. Retraçons ce qu’était la situation dans l’Internationale communiste (IC) et dans le Parti communiste en France à l’époque.


En novembre 1927, l’Opposition de gauche soviétique avait été exclue du PCUS et déportée. Trotsky, expulsé d’Union soviétique arriva en Turquie en février 1929. Pendant la première partie de l’année 1929 la lutte entre la fraction de Staline et la droite boukharinienne, qui avait éclaté au sommet aussitôt après l’exclusion de l’Opposition de gauche, apparaissait au grand jour. L’IC inaugurait un tournant bureaucratique à gauche connu sous le nom de « troisième période ». Le 1er Mai à Berlin, le PC allemand, piégé par cette politique, était tombé dans une provocation de la police dirigée par les sociaux-démocrates. En juillet 1929 se tenait à Moscou le 10e Plénum du comité exécutif de l’IC, dont les travaux ne furent connus que plus tard et qui assurèrent la mainmise totale de Staline sur elle et sur les partis communistes. Tout en commettant de grandes erreurs politiques, ces partis étaient encore des partis révolutionnaires, dont les membres et même les dirigeants dans leur majorité, tout en ne comprenant pas grand-chose aux problèmes de l’Union soviétique et aux luttes dans le PCUS, étaient alors des révolutionnaires hostiles à toute collaboration de classes. Le phénomène bureaucratique dans un Etat ouvrier se produisait pour la première fois ; l’Opposition de gauche combattait ses conséquences immédiates et dénonçait le danger d’ une restauration du capitalisme. Nul ne pouvait penser alors que la bureaucratie pourrait se maintenir au pouvoir pendant des décennies. Dans cette situation, la perspective d’un redressement possible de l’IC et des partis communistes était plausible et c’est sur elle que s’orienta alors l’activité de l’Opposition.

Dès son arrivée en Turquie, Trotsky s’était mis à l’œuvre, d’une part, pour poursuivre son combat en Union soviétique et faisait paraître « le Bulletin de l’Opposition » en langue russe, d’autre part, pour regrouper et organiser une Opposition de gauche à l’échelle de l’IC. Au cours des années écoulées, les crises qui s’étaient produites dans plusieurs partis communistes avaient donné naissance à différents groupes qui n’étaient pas liés entre eux internationalement. En France, où il existait différents groupes oppositionnels, ceux-ci étaient, dans la première moitié de 1929, en voie de décomposition. Ayant complété ses in­formations sur la situation du mouvement communiste international, Trotsky formula très vite une orientation : organiser internationalement l’Opposition sur la base politique pour laquelle s’était battue l’Opposition soviétique et l’enrichir au fur et à mesure des événements et de l’action (1). Aux camarades qui étaient venus de France pour le rencontrer, il suggéra de lancer un hebdomadaire qui pourrait servir de point de ralliement pour cette tâche.

Le projet commença à prendre corps quand Alfred Rosmer assura la direction du journal, proposant de lui donner « la Vérité » pour titre. Rosmer de « la VIe ouvrière » d’avant 1914, opposant à la guerre dès le début, ancien membre du comité exécutif de l’IC, se déclara prêt à regrouper tout le monde dans cette initiative (2). Autour de lui, se rassemblèrent des camarades venus d’horizons divers : d’anciens syndicalistes révolutionnaires liés de longue date à Rosmer, des oppositionnels déjà exclus du PC, des membres du PC (qui, pour s’être associés à cette initiative, en furent comme moi exclus). Un numéro de lancement fut publié en août, le premier numéro parut en septembre. Entre-temps Naville et son groupe avaient rejoint l’équipe initiale, Une résistance se fit jour dans les anciens groupes d’opposition mais, au bout de quelques numéros de « la Vérité », ils n’existaient plus.
Trotsky fut l’animateur du journal. Par des articles fréquents et une correspondance abondante, il soutenait nos efforts, clarifiaient nos idées, assurait en fait une éducation politique qui faisait cruellement défaut depuis plusieurs années de la part de l’IC.

La clarification politique ne pouvait se faire sans difficultés. Les forces initiales étaient issues d’un parti qui, après avoir eu à peine le temps de se débarrasser de sa vieille peau social-démocrate, avait été happé par la bureaucratisation en provenance du Kremlin. Aucune grande lutte politique n’avait homogénéisé et soudé les camarades ainsi rassemblés. Aussi de nombreuses crises internes se produisirent. Mal à l’aise dans les conflits d’organisation, Rosmer lui-même nous quitta. Mais des forces nouvelles, jeunes pour la plupart, nous avaient rejoints dès les premiers numéros du journal. Moins d’un an après le lancement, la première Ligue communiste fut fondée en France. D’autres organisations se créèrent dans plusieurs pays. En mai 1930, se tint à Paris la première Conférence internationale de l’Opposition de gauche qui désigna un centre international. Ainsi la publication de « la Vérité » avait servi à donner une impulsion initiale qui, si faible qu’elle ait été, fut néanmoins suffisante pour que, depuis lors, le mouvement trotskyste subsista et, enfin, grandit au milieu de difficultés comme aucune organisation ouvrière n’en avait connues dans le passé. En cinquante ans, pas un jour n’a passé sans qu’il n’y ait eu une activité trotskyste, grande ou petite, dans le monde.

Nous avions, en lançant « la Vérité », des perspectives dans lesquelles les années de la révolution d’Octobre pesaient encore très fortement. Le fait que ces perspectives aient été démenties et que la réalité ait été totalement différente ne signifie aucunement que nous ayons eu tort d’avoir entrepris cette tâche. Certains nous ont condamnés pour avoir lancé le mouvement trotskyste dans une période de reflux de la classe ouvrière, d’avoir proclamé la Ive Internationale après l’écrasement de la classe ouvrière allemande et ce, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. Il est vrai que toutes ces décisions prises au cours du demi siècle écoulé n’avaient pas de précédents dans l’histoire du mouvement ouvrier : les créations de la 1ère, de la IIe et de la IIIe internationale avaient eu lieu dans des périodes d’ascension du mouvement ouvrier. Mais l’histoire ne se répète pas et les révolutionnaires doivent se déterminer en fonction des nécessités objectives, non de précédents historiques si importants soient-ils.

Quand on constate les difficultés auxquelles le mouvement ouvrier d’aujourd’hui, pourtant numériquement beaucoup plus grand que par le passé, se heurte pour rattraper le retard politique que lui ont infligé les défaites provoquées par les directions social-démocrate stalinienne, on se rend compte que la remontée serait beaucoup plus ardue si l’avant-garde des jeunes générations n’avaient pour s’orienter que des livres datant de plusieurs décennies au lieu de trouver à sa disposition l’ œuvre théorique et politique des dirigeants d’Octobre maintenue et enrichie au cours de plusieurs décennies par les organisations de la Ive Internationale.

Au moment où tant de militants qui ont pendant des années honnêtement suivi les partis communistes se lamentent sur leurs erreurs passées et les efforts de leur vie dévoyés, le lancement de « la Vérité » qui, au lendemain de l’écrasement de l’Opposition soviétique, reprit et continua l’action de celle-ci, et qui à l’ époque fut, y compris pour ceux qui l’entreprirent, une tâche sérieuse mais sans plus, apparaît en ce 50e anniversaire, à la lumière des événements, un acte d’une importance historique pour le marxisme révolutionnaire.

Pierre Frank

(1) Voir « les Congrès de la IVe Internationale », volume 1 : naissance de la IVe Internationale 1930-1940 ; et P. Frank « la IVe Internationale »
(2) Il s’opposa toutefois à la venue d’A. Treint, ancien secrétaire du PC. Trois ans plus tard, une tentative d’associer Treint se montre très vite infructueuse.


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