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Novembre 1918 : Révolution en Allemagne
- Date : 20 novembre 2008

Rouge n° 2275, 20/11/2008

En novembre 1918, l’Allemagne signe l’armistice. Épuisée par la guerre, la population se soulève et prend partiellement le pouvoir.

Depuis les massacres de 1916, la classe ouvrière allemande (plus de 60 % de la population) se mobilise contre la guerre, les morts, la famine, le régime impérial. Des mutineries et des grèves se succèdent, en 1917 et 1918. À partir d’août 1918, le commandement s’aperçoit que l’Allemagne va perdre la guerre, et il propose d’associer les socialistes au gouvernement pour conclure l’armistice : le 4 octobre, un gouvernement regroupant les monarchistes et les socialistes est nommé.

Qui sont ces socialistes ? Avant la guerre, le Parti socialiste allemand (SPD) était une force considérable, admirée par le mouvement ouvrier mondial. Il organisait une contre-société ouvrière au sein du Reich, avait plus de 1 million d’adhérents, des dizaines de journaux et obtenait 34 % aux élections. Après avoir voté des motions contre toute guerre, sa direction s’est engagée dans l’Union sacrée, aux côtés de l’empereur, en août 1914. Cette trahison, après avoir bloqué toute réaction, a provoqué une scission, en 1917, avec la création d’un nouveau parti, les indépendants (USPD). Celui-ci regroupait toutes les tendances, des réformistes aux révolutionnaires, les spartakistes, dont les dirigeants principaux étaient Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht.

Le gouvernement d’unité nationale cherche une solution parlementaire à la crise. Peine perdue, le 4 novembre, les marins de Kiel refusent l’offensive, prennent possession des navires et désignent un conseil d’ouvriers et de marins. Il prend le pouvoir dans la ville et organise 2 000 hommes. La révolution est en marche ! Le gouvernement envoie sans succès un socialiste, Noske, pour apaiser les marins.

L’Allemagne se couvre de conseils d’ouvriers et de soldats. La soif de paix des masses, fatiguées par la guerre, prend le dessus : l’armée s’effondre et l’exemple de la Révolution russe montre que l’arrêt des massacres, le renversement du pouvoir sont possibles. Partout, les militaires manifestent avec les travailleurs en grève, le drapeau rouge flotte sur les édifices publics.

Le 9 novembre, l’empereur abdique, et le socialiste Ebert est nommé chancelier. La révolution a triomphé sans grande peine. Tandis que, au Reichstag, le socialiste Scheidemann salue la « République allemande », au palais impérial, le spartakiste Karl Liebknecht déclare que « le règne du capitalisme est terminé » et il proclame la « République socialiste d’Allemagne ».

Pouvoir des conseils

La question essentielle se résume dans cette double proclamation. Qui va détenir le pouvoir, l’Assemblée nationale ou l’Assemblée des conseils ? Les indépendants de l’USPD acceptent d’entrer au gouvernement, à la condition que la République socialiste allemande soit proclamée et que le pouvoir soit remis aux conseils d’ouvriers et de soldats. Les socialistes (SPD) refusent. Pour eux, le seul pouvoir légitime sera celui de l’Assemblée à élire. Malgré ce refus, les indépendants entrent dans le gouvernement dirigé par les socialistes.

Rosa Luxemburg répond aux réformistes : « Ils veulent […] épargner à la révolution l’emploi de la force […]. La bourgeoisie n’est pas un parti parlementaire, mais une classe dirigeante, qui se trouve en possession de tous les instruments de la domination économique et sociale […]. Aussitôt que l’Assemblée nationale décidera réellement de réaliser le socialisme […], d’extirper radicalement la domination du capital, aussitôt commencera le combat. Quand la bourgeoisie sera touchée au cœur (et son cœur est dans son coffre-fort), elle se battra à la vie, à la mort, pour sa domination […]. L’idée que le socialisme pourrait être réalisé sans lutte des classes, par la décision d’une majorité parlementaire, est une ridicule illusion […]. Il ne s’agit pas aujourd’hui d’un choix entre démocratie et dictature. La question qui est mise à l’ordre du jour, c’est démocratie bourgeoise ou démocratie socialiste […]. Il faut un organe de classe, le parlement des prolétaires des villes et des campagnes. » Rosa Luxemburg propose la convocation d’une « assemblée des représentants des travailleurs à la place de l’Assemblée nationale des révolutions bourgeoises ».

Les conseils d’ouvriers et de soldats constituent un pouvoir de fait, organisent la vie quotidienne. Rien ne peut se faire sans eux. Certains abolissent les institutions existantes, expulsent les responsables, dissolvent la police. Souvent, ils se dotent de leur propre force armée, dont le noyau est constitué par les soldats mutinés. Certains prennent en charge des tâches gouvernementales : interdiction de tout licenciement et journée de huit heures à Hanau, augmentation de 80 % des salaires à Mülheim, saisie de la presse militaire à Leipzig, etc. Mais la puissance économique de la bourgeoisie reste en place. Le 15 novembre, le patronat signe avec les syndicats un accord prévoyant la reconnaissance des syndicats et du droit de grève, la journée de huit heures sans perte de salaire et l’établissement de conventions collectives.

Contre-révolution

Le pouvoir des conseils a des adversaires. D’abord, les institutions étatiques – l’armée, la police, la justice –, qui continuent d’exister, même désorganisées, même si les ministères ne fonctionnent pas ou doivent accepter les consignes des conseils. Ensuite, au sein même des conseils, le travail essentiel des socialistes est d’étouffer le mouvement, en exigeant la ratification du gouvernement (au motif qu’il va construire le socialisme) et en préparant l’élection de l’Assemblée qui leur enlèvera le pouvoir. Les indépendants ne s’opposent pas réellement à cette politique. Petit à petit, les adversaires des conseils marquent des points…

D’abord, les socialistes obtiennent la majorité au Ier Congrès des conseils d’ouvriers et de soldats allemands, qui se prononce pour l’Assemblée constituante et refuse la convocation d’un autre congrès. En même temps, dans l’incapacité d’organiser la troupe contre les conseils, le gouvernement, dirigé par les socialistes, constitue une armée financée par les bourgeois et les possédants : les corps francs. Ceux-ci touchent des soldes élevées, prêtent serment « au gouvernement provisoire du chancelier Ebert [socialiste] ». Le gouvernement organise la contre-révolution, fait arrêter le comité exécutif des conseils d’ouvriers et de soldats de Berlin et fait occuper le siège du journal spartakiste.

Des centaines de milliers de soldats et d’ouvriers radicalisés refusent tout compromis et voient, dans la lutte armée, un raccourci. Mais ils sont mal organisés et s’engagent dans l’affrontement sans que le rapport de force permette d’espérer une victoire. Les corps francs, dirigés par le socialiste Noske, écrasent sauvagement le soulèvement révolutionnaire, assassinent Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, et organisent des expéditions punitives dans toute l’Allemagne.

La révolution était là. Le mouvement spontané des ouvriers et des soldats ne voulait pas restaurer l’ordre ancien ; il avait une aspiration confuse à une perspective socialiste, mais les révolutionnaires étaient trop faibles pour empêcher les sociaux-démocrates d’écraser cette révolution. Ce n’était que le début, puisque la situation restera instable jusqu’en 1923, date du dernier échec des ouvriers allemands pour abattre le capitalisme.

Charles Paz


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